Les présentations powerpoint sont passées par plusieurs étapes d’une technologie qui émerge : l’émerveillement, le doute, la désillusion, la généralisation, la banalisation, le doute encore. Que ce soit dans l’enseignement ou les conférences, il est désormais commun d’utiliser l’outil. Pourtant, est-ce vraiment efficace ? A quoi cela sert ? A qui cela sert : le spectateur ou celui qui parle ? Quand est-ce le plus utile : pendant ou après, voire avant dans le cas d’un cours ? Toutes ces questions m’apparaissent nécessaires avant son utilisation si l’on veut éviter le travers trop souvent dénoncé de présentations lues et terriblement ennuyeuses.
Moi qui en utile assez souvent pour les conférences et presque toujours pour mes cours, Je doute parfois, sans doute parce que ma maîtrise de l’outil n’est pas parfaite. Une chose est sûre, je persiste à cause du cumul de plusieurs atouts ainsi que d’une intuition positive quant à cette « béquille communicationnelle ». Oups ! Une béquille, c’est quand on est malade ?
Cette intuition positive, et c’est la raison de ce billet, vient en tous les cas d’être renforcée par la lecture de cet article de Donald Norman s’intitulant « In Defense of PowerPoint » ; article qui éclabousse (c’est le moins que l’on puisse dire) les propos d’Edward Tufle dans son essai « The Cognitive Style of Powerpoint : Pitching out Corrupt Within ». Parmi d’autres choses, Tufle affirme que l’accident de la NASA de la navette Columbia est notamment dû à des présentations powerpoint mal maîtrisées et à l’impression donnée par l’utilisation d’un tel outil par les ingénieurs de Boeing. Qu’importe. Au-delà de cette polémique, plusieurs idées de Norman semblent intéressantes.
Ainsi, il est vrai que je suis souvent surpris par le fait que certains chercheurs que je respecte fondamentalement, sincèrement, pour leurs écrits, sont tristes à pleurer lorsque vient le moment du débat oral. Don Norman affirme d’ailleurs :
« Let’s face it : most people give poor talks. If we are lucky, the points are laid out logically, starting with the history, the current situation, the analysis, and the recommendations or conclusions. In other words, the dull stuff is presented first with the interesting part at the end, oftentimes missed because the speaker runs out of time. »
La présentation powerpoint a donc, ou peut avoir, une capacité d’assouplir des propos qui sont parfois un peu ardus ; propos ardus qui se comprendraient beaucoup plus facilement si la personne était dans un siège confortable, avec un bloc pour des notes et une disponibilité d’écoute que l’on n’a pas toujours dans un colloque où, comme disait Brel, on est là « à être le suivant de celui qu’on suivait ». Justement, face à une conférence dans un temps forcément limité, c’est un moyen de faire des choix en identifiant des pistes possibles, parfois très bien balisées, mais que l’on décide sciemment de ne pas suivre.
à cet égard, il me semble aussi que les images peuvent être très utiles en terme de communication dans un ppt soit pour adoucir un propos, parfois avec humour, soit pour cibler un élément sur lequel on veut mettre l’exergue. Il s’agit d’une cassure fort efficace dans certains plaidoyers pouvant apparaître trop linéaires. Les images, très efficaces à l’oral, peuvent également, par exemple, être un moyen de rappeler un plan.
D’un autre côté, la présentation ne doit pas éloigner l’auditoire de l’interlocuteur, certains étant totalement avalés par leurs powerpoints. Il importe donc de ne pas disparaître derrière elles et de laisser des espaces où il y a plus de paroles et moins de textes.
Autre élément, les présentations powerpoint ne se font pas de même façon selon les auditoires et selon la portée de l’allocution. Une conférence est généralement davantage liée au « présent », au moment de la présentation alors qu’un cours demande que les étudiants se préparent « avant » et révisent « après ». Également, eu égard à la nécessité didactique, on peut se permettre plus de texte sur les acétates, notamment pour lire un article d’une loi ou une citation. Cela a d’ailleurs pour avantage d’éviter l’effet « nez dans le guidon » que l’étudiant a parfois en voulant absolument prendre toutes les notes.
Enfin, même s’il y aurait encore beaucoup à dire, il me semble que le propos oral ne doit pas être rigoureusement identique de ce qui apparaît sur l’écran. Et c’est sans doute sur cette complémentarité entre texte et parole qui est la plus difficile à maîtriser. Je crois.












Recommander cet article
Commentaires
1. dimanche 11 mars 2007 par C.
2. lundi 12 mars 2007 par Vincent Gautrais :: http://www.gautrais.com
Ajouter un commentaire